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INTRODUCTION
Les infections nosocomiales préoccupent tous
les protagonistes du système de santé, en raison de
la morbidité, de la mortalité et du coût qui leurs
sont associées.
Un risque infectieux, propre à l'anesthésie a été
évoqué dès le début de son histoire. En
dépit des conditions d'exercice régulièrement
dénoncées dans la littérature, le risque infectieux
semble faible tout au moins pour le patient (49, 57, 68).
De nombreux facteurs intervenant tout au long du processus anesthésique
et chirurgical peuvent favoriser la survenue d'une infection nosocomiale
chez l'opéré, ceux de la période peropératoire
sont les plus importants. Pour le personnel soignant, la période
peropératoire constitue un moment à risque potentiel
de contamination par des agents pathogènes à transmission
sanguine, en raison de la fréquence des expositions accidentelles
au sang (52).
S'il est évident que le risque zéro n'existe pas, il
est possible de réduire le risque de survenue des infections
nosocomiales directement liées à l'anesthésie
en s'appuyant sur une démarche médicale raisonnée
et une pratique de soins irréprochables (102).
Le but de cette étude est de faire une mise au point sur l'infection
nosocomiale en anesthésie, en insistant sur les mesures préventives.
DEFINITION
I- INFECTION NOSOCOMIALE :
On appelle infection nosocomiale "toute maladie
contractée à l'hôpital, due à des micro-organismes
cliniquement et/ou microbiologiquement reconnaissables".
Les symptômes de l'infection nosocomiale peuvent apparaître
ou non pendant que l'intéressé se trouve à l'hôpital
(32).
Une infection est dite nosocomiale si elle était absente à
l'admission à l'hôpital. Lorsque la situation précise
à l'admission n'est pas connue, un délai d'au moins
48 heures après l'admission est communément accepté
pour distinguer une infection communautaire d'une infection nosocomiale
(32).
II- INFECTIONS NOSOCOMIALES
LIEES A
L'ANESTHESIE (INLA)
Les INLA sont des infections post-anesthésiques
directement liées à l'anesthésie et aux gestes
qui l'accompagnent (58).
Contrairement aux infections du site opératoire, les INLA ne
comportent pas de délai de survenue dans leurs définitions.
Leur caractère nosocomiale est lié au caractère
invasif des techniques anesthésiques, quelle que soit la date
de leur survenue après l'acte anesthésique (53).
I- PNEUMOPATHIES NOSOCOMIALES :
A- EPIDEMIOLOGIE :
Des études américaines ont évalué
l'incidence des pneumopathies à 17,5% des patients admis pour
des gestes de chirurgie thoracique ou abdominale. Ce risque semble
7 à 21 fois plus élevé en cas d'intubation prolongée
(12, 45, 49). HAJJAR et GIRARD (53) confirment ces chiffres, mais
ce taux serait plus élevé si la durée de l'anesthésie
est supérieure à 2 heures.
B- FACTEURS FAVORISANTS :
Un risque de pneumopathie nosocomiale existe dès
que les réflexes des voies aériennes supérieures
sont diminuées, favorisant les inhalations de sécrétions
oropharyngées (32). Cette situation est presque constante lors
de l'anesthésie générale ou lors des sédations.
Plusieurs de ces conditions sont résumées dans le tableau
I.
Tableau I : Facteurs de risque des pneumopathies nosocomiales
(32, 75, 91)
| Diminution des défenses
locales du poumon |
- Ventilation mécanique
- Prothèse endotrachéale
- Chirurgie thoracique ou abdominale haute
- Insuffisance respiratoire chronique
- Période postopératoire
- Altération du réflexe de toux |
| Facteurs favorisants l'inhalation
bronchique |
- Coma, somnolence
- Troubles de la déglutition
- Sonde nasogastrique |
| Sélection de germes résistants
par modification de la flore saprophyte |
- Antibiothérapie
- Prophylaxie au moyen d'antiacide ou antagonistes H2 |
| Diminution de la résistance
aux infections |
- Age supérieur
à 70 ans
- Nouveau-né de poids de naissance inférieur à
1,5 kg
- Polytraumatisme |
| |
|
II- INFECTION URINAIRE NOSOCOMIALE (IUN) :
On parle d'infection urinaire asymptomatique, si 2
urocultures = 105 UFC / ml au (x) même (s) micro-organismes
(s) sans qu'il y ait plus de deux germes isolés.
L'IUN symptomatique quand l'uroculture est = 105 UFC/ml (sans qu'il
y ait plus de 2 germes isolés) ou uroculture =103 UFC/ml avec
une leucocyturie >104 /ml. L'une ou l'autre est associée
à un des signes suivant : fièvre isolée (>
38°C), et/ou miction impérieuse et/ou pollakiurie et/ou
sensibilité sus pubienne (7).
L'étude épidémiologique américaine (SENIC
Project 1975-1976) a montré qu'il existait 5,23 infections
nosocomiales pour 100 malades hospitalisé (55, 57). Au sein
de ce groupe, les infections urinaires touchent 62% des patients et
représentent 53% des infections (23, 57).
L'infection urinaire nosocomiale est responsable de 15% de l'ensemble
des bactériémies hospitalières (18, 22).
III- INFECTIONS LIEES
AUX CATHETERS
VASCULAIRES :
A- PHYSIOPATHOLOGIE :
La physiopathologie des infections liées aux
cathéters vasculaires est multifactorielle et complexe. Les
voies de contamination peuvent être cutanées, endoluminale,
et hématogène. La contamination cutanée survient
au moment de la pose du cathéter ou plus souvent par colonisation
secondaire le long du trajet sous cutané du cathéter
et à la surface externe à partir de la flore cutanée
du malade lui-même, ou colonisant secondairement son revêtement
cutané (98). La voie endoluminale peut être secondaire
aux manipulations septiques des raccords ou rarement, à la
contamination du liquide de perfusion (52).
La voie hématogène, rare, correspond à la colonisation
de la portion intravasculaire du cathéter au cours des bactériémies
secondaires à un foyer infectieux situé à distance
(52, 91)
B- EPIDEMIOLOGIE
:
L'incidence des infections liées aux cathéters n'est
pas connue avec précision (2). Des études hospitalières
américaines avaient rapporté des taux variables au niveau
des hôpitaux et des unités des soins intensifs. Ces taux
variaient de 2% à 11% pour toutes les admissions hospitalières
ou en unité des soins intensifs (2).
Une étude française concernant la surveillance des infections
nosocomiales liées à l'anesthésie (étude
multicentrique) retrouve un taux de 36% d'infections liées
aux cathéters (28% catheters veineux périphériques
et 8% cathéters veineux centraux) (48).
C- FACTEURS DE RISQUE
:
1- Facteurs liés au cathéter :
" La durée d'utilisation du cathétérisme
: le risque est multiplié par 2 après 4 jours de maintien,
de 4 après 7 jours et de 7 après 14 jours (10, 90).
" La fréquence de manipulation de la ligne veineuse (44,
67).
" Le matériel utilisé : les cathéters en
polyéthylène ou en polyvinyl s'infectent plus que ceux
en téflon ou en silastic (32, 91).
" Mauvaise expérience de l'opérateur (71, 106).
" Les fautes d'asepsie (94, 95).
" La durée de l'anesthésie supérieure à
deux heures (102).
2- Facteurs liés
au patient (98) :
- Ages extrêmes < 1 an ou > 60 ans
- Gravité de la pathologie sous-jacente (autre foyer infectieux)
- Diminution des défenses :
o Atteinte cutanée (brulés, Lyell)
o Etat immunitaire (cancer, SIDA, neutropénie)
- Absence d'antibiothérapie.
IV- INFECTION DU SITE
OPERATOIRE (ISO) :
De nombreux travaux suggèrent que les substances
anesthésiques (par inhalation ou par voie veineuse) jouent
un rôle dans l'infection du site chirurgical en altérant
les défenses immunitaires, mais ce rôle n'est pas établi
de manière certaine en raison de la complexité des mécanismes
en cause (50).
L'ISO se définit schématiquement par la présence
d'un écoulement ou d'une collection purulente, soit au niveau
de l'incision, soit au niveau de l'organe ou de la cavité concerné
par l'acte chirurgical (59, 77).
L'ISO survient dans les 30 jours ou dans l'année qui suit l'intervention
si un implant ou une greffe est mis en place (97).
Le taux des ISO dans le cadre d'études multicentriques,
a été estimé entre 2 et 5 %. La mortalité
imputable aux ISO est plus faible que celle liée aux pneumopathies
ou septicémies nosocomiales, mais les ISO observées
après certaines chirurgies (médiastinite post-sternotomie,
péritonite postopératoire par exemple), restent redoutables
et greffées d'une mortalité pouvant atteindre 30 à
40% (39, 77).
V- INFECTIONS LIEES
AUX MEDICAMENTS
ET SOLUTES :
Plusieurs cas épidemiques d'infections bactériennes
ou fongiques (septicémie, infection du site opératoire,
hépatite B), sont décrit dans la littérature
(tableau II). Ces infections sont secondaires à une contamination
extrinsèque des agents anesthésiques par les micro-organismes
de l'environnement ou du personnel soignant, lors de la préparation
et de la manipulation de ces produits (3, 51, 68, 100, 107).
Le propofol, drogue à base lipidique, dépourvu de conservateur
anti-microbien, est l'agent le plus souvent incriminé (84).
La véritable incidence des infections relatives au propofol
est certainement sous-estimée à cause du manque d'enquête
épidémiologique au niveau des hôpitaux (86).
Les facteurs de risque exposant à l'infection au propofol sont
:
o L'usage des seringues ayant été préparées
au-delà des 24 heures (11, 13).
o La réutilisation des seringues malgré le changement
d'aiguilles (52).
o Le transfert des seringues préparées de propofol entre
les blocs opératoires (68).
o Le renversement au niveau des gants lors de l'insertion des cathéters
intraveineux (86).
o L'absence de port des gants (84).
o L'absence de nettoyage du flacon de propofol avant ouverture (68).
D'autres produits comme le fentanyl ou la lidocaïne ont également
été incriminés lors de l'administration de la
même solution à plusieurs patients (51, 52, 88).
Tableau II : Cas épidémiques en rapport avec les produits
anesthésiques injectables et les procédures intravasculaires
(52, 57)
|
Auteur
(année)
|
Source |
Infection |
Patients
(nombre)
|
Germe |
| Sack (1970) |
Même solution IV pour plusieurs
patients |
Bactériémie |
5 |
Klebsiella pneumoniae |
| Siboni (1979) |
Fentanyl |
Bacteriemie |
16 |
Pseudomonas cepacia |
| Maldonado (1989) |
Lidocaïne
(flacon multidose) |
Hépatite |
5 |
Virus de
l'hépatite B |
| CDC (1990) |
Propofol
(perfuseur électrique) |
Endophtalmie |
4 |
Candida albicans |
| CDC (1990) |
Propofol
(perfuseur électrique) |
Fièvre |
2 |
Moraxella |
| CDC (1990) |
Propofol
(perfuseur électrique) |
Bactériémie |
13 |
Staphylococcus aureus |
| CDC (1990) |
Propofol
(perfuseur électrique) |
Fièvre
Infection du site opératoire |
8 |
Staphylococcus aureus |
| Maki (1991) |
Fentanyl
(seringue préremplie) |
Bactériémie
Infection du site opératoire |
3 |
Pseudomonas picketti |
| Froggat (1991) |
Seringues communes à plusieurs
patients |
Hépatite |
6 |
Virus de
l'hépatite B |
| Rudnick (1991) |
Set de pression artérielle
préassemblé |
Bactériémie |
9 |
Pseudomonas aeruginosa |
| |
|
|
|
|
VI- INFECTIONS LIEES
AUX ANESTHESIES LOCO-
REGIONALES :
L'incidence des infections nosocomiales secondaires
aux anesthésies loco-régionales est très faible,
mais leur survenue peut avoir des conséquences d'une extrême
gravité (6, 19). Le risque de contamination paraît dépendre
de :
1) l'opérateur, en particulier par la projection
de gouttelettes de Flügge ;
2) l'utilisation d'anesthésiques contaminés
;
3) l'absence de désinfection cutanée
suffisante ;
4) l'infection cutanéo-tégumentaire
à proximité.
Les taux retrouvés concernent le plus souvent l'anesthésie
péridurale en obstétrique et varient dans de grandes
proportions de 0,0002% à 0,08%. Sur les 28 cas de complications
infectieuses recensés dans la littérature, Marsaudon
retrouve 21 abcès épiduraux, 6 méningites et
une spondylite (36, 52, 64, 80). Concernant la rachianesthésie,
4 méningites sont dénombrées dans 7 études
regroupant 90.000 patients, soit un taux d'infection estimé
à 0,0045% .
Il n'existe pas d'étude spécifique sur l'incidence des
complications infectieuses pour les autres techniques d'anesthésie
loco-régionale (49, 57, 97).
VII- INFECTIONS LIEES AUX EXPOSITIONS
ACCIDENTELLES AU SANG :
Elles sont définies comme, tout contact avec
du sang ou un liquide biologique contaminé par du sang ; il
s'agit soit d'une effraction percutanée (piqûre ou coupure),
soit d'un contact cutané (peau lésée ou intègre)
ou muqueux (directement ou à travers une protection) (11, 52).
Trois pathogènes principaux sont transmissibles après
exposition au sang : les virus des hépatites B, C et VIH .
L'accident exposant le plus sévère est une piqûre
(14, 50).
La littérature fait état d'un taux global d'exposition
au sang allant de 0,4 à 30,1 pour 100 interventions ; 1,7 à
7,9 accidents percutanés et 4,9 à 29 contacts cutanéo-muqueux
pour 100 interventions. Ces taux varient d'une part en raison des
différences de méthodologie d'étude, d'autre
part en fonction de la spécialité chirurgicale et de
la catégorie professionnelle concernée. Plusieurs études
prospectives ont montré que le taux d'accidents percutanés
pour le personnel d'anesthésie se situe entre 0,13 et 0,4 pour
100 interventions (46, 54). Il ressort de la plupart des publications
que, parmi l'ensemble du personnel évoluant en salle d'opération,
les taux d'exposition au sang les plus élevés touchent
les chirurgiens (2,5 accidents pour 100 personnes/actes) et particulièrement
en chirurgie générale (abdominale et gynécologie
obstétrique) et vasculaire (52).
VIII- COMPLICATIONS MINEURES :
Elles sont mal évaluées. On peut les
identifier comme tous les processus inflammatoires ou toutes les infections
générées par la pratique de l'acte d'anesthésie.
Il peut s'agir de laryngites, trachéites, conjonctivites, veinites
superficielles et profondes. Leur dépistage s'intègre
dans une démarche de la qualité de soins (33, 48, 49).
I- EFFET DE L'ANESTHESIE
ET DE LA CHIRURGIE
SUR L'IMMUNITE :
Au cours d'une intervention chirurgicale, de nombreux
facteurs influencent l'état immunitaire de l'opéré.
Les deux principaux sont l'anesthésie et l'acte chirurgical
lui même. Leurs effets sont difficilement dissociables et le
plus souvent transitoires chez le sujet immunocompétent. Certains
agents anesthésiques et la chirurgie altèrent significativement
le nombre et la fonction de plusieurs types de cellules immunitaires
(9, 34).
L'association anesthésie/chirurgie ne réduit pas plus
le taux d'anticorps que le fait l'anesthésie seule (76).
L'anesthésie augmente la mise en circulation de la corticostérone,
des catécholamines et de l'hormone adrénocorticotrope.
Ces hormones peuvent influencer les fonctions et la distribution des
polynucléaires et des lymphocytes. Ainsi, on observe au cours
d'une anesthésie (76, 93) :
o une diminution de la formation des plaquettes.
o une diminution du taux des lymphocytes B et T.
o une dépression des immunoglobulines sériques.
o une diminution de la sécrétion des Ig A, Ig M et Ig
G.
o une diminution du chimiotactisme et de la migration spontanée
des polynucléaires neutrophiles.
o une altération des fonctions d'opsonisation.
o une dépression de l'immunité cellulaire en période
post-opératoire.
Ces modifications seraient beaucoup plus marquées
après une anesthésie générale qu'une anesthésie
péridurale (9).
De nombreux produits anesthésiques (intraveineux, volatils
et locaux) sont doués d'actions propres (in vitro et in vivo)
sur les différents facteurs de l'immunité.
L'halothane retarde la synthèse de l'ADN, inhibe les divisions
cellulaires de façon dose dépendante, mais n'altère
pas le taux d'anticorps.
La kétamine entraîne une diminution non significative
du taux d'anticorps.
Le protoxyde d'azote diminue le chimiotactisme des polynucléaires.
Les barbituriques diminuent la prolifération des lymphocytes
induite par l'exposition aux mitogènes et les fonctions de
cytotoxicité des cellules natural killers.
Le phénobarbital est lentement métabolisé et
entraîne une réduction du taux d'anticorps.
Toutes ces données plaident en faveur du rôle direct
de l'anesthésie dans l'infection survenant après la
chirurgie (79).
II- INFECTIONS LIEES
A L'UTILISATION D'UN
MATERIEL MAL DECONTAMINE,
NON-DESINFECTE OU NON-STERILE :
Le matériel nécessaire au contrôle
des voies aériennes et à la ventilation mécanique
est au contact des micro-organismes naturellement présents
dans les voies aérodigestives supérieures des patients,
en particulier dans la salive et les sécrétions trachéobronchiques
qui peuvent également contenir du sang (14, 30, 50). Ce matériel
constitue un réservoir et une source de micro-organismes, parce
qu'il est souvent complexe et composé de matériaux fragiles
et hétérogènes, et peut contenir des fluides
(eau, gaz) facilement contaminables. Il s'agit des circuits interne
et externe du respirateur (52, 53) et du matériel d'abord des
voies aériennes.
La décontamination initiale insuffisante du matériel
et/ou sa manipulation par le personnel soignant lors des procédures
de soins (intubation, extubation, aspiration...), peuvent être
à l'origine de la transmission d'infection d'un patient à
un autre. Les infections nosocomiales liées à l'utilisation
d'un matériel mal décontaminé, non désinfecté
ou non stérile rapportées sont essentiellement d'origine
bactérienne et touchent le plus souvent l'appareil respiratoire
(52, 54).
Ce matériel a récemment été
incriminé dans la transmission du virus de l'hépatite
C chez plusieurs patients (27, 52, 99).
Il n'a pas été décrit d'infections nosocomiales
chez le personnel d'anesthésie en rapport avec l'utilisation
du matériel de ventilation (54).
III- ROLE DE L'ANESTHESIE
DANS LA
PROPAGATION DES INFECTIONS
NOSOCOMIALES :
Les gestes réalisés lors des séquences
d'induction et de réveil post-anesthésique, amènent
presque toujours à manipuler certains éléments
(débitmètre, bypass, cuve d'halogénés)
avec des mains souillées par les sécrétions du
patient (54).
Le risque en rapport avec l'anesthésie relève d'une
des situations suivantes (14, 50) :
- L'utilisation d'un matériel mal décontaminé,
non désinfecté ou non stérilisé.
- La réalisation d'actes contaminants ou des procédures
effectuées sans respecter les règles d'asepsie.
- L'adoption d'un comportement ou d'une organisation de travail inadéquate.
Cette situation peut être aggravée par
la pénurie d'anesthésistes confrontés à
un accroissement important de leurs activités en dehors des
blocs opératoires (consultation d'anesthésie, suivi
des opérés dans les services, prise en charge des douleurs
chroniques, analgésie obstétricale) et ayant à
gérer différents impératifs (sécurité
transfusionnelle, sécurité anesthésique, prévention
des infections nosocomiales) (14, 50).
IV- RISQUES INFECTIEUX
LIES A LA TRANSMISSION
MANUPORTEE AU BLOC OPERATOIRE :
A - PATHOGENESE :
Les mains, à la fois réservoir et vecteur
des micro-organismes, constituent en anesthésie une cause importante
de contamination (21, 52, 78, 92).
La contamination des mains peut être :
- Directe avec des matériaux souillés.
- Indirecte via : les gouttelettes de Flügge et les poussières.
B- FACTEURS
DE RISQUE : (50, 52)
- Mauvais nettoyage et entretien de sols, murs et
plafonds constituant le bloc opératoire, ainsi que la mauvaise
qualité des matériaux qui les composent.
- Encombrement des salles d'opération par des équipes
médicaux, des rangements anarchiques et des meubles de stockage.
- Mauvais équipement et disposition des points d'eau.
- Mauvaise situation géographique de la SSPI par rapport au
bloc opératoire.
V- RISQUES INFECTIEUX
LIES A LA TRANSMISSION
AEROPORTEE AU BLOC OPERATOIRE :
La ventilation d'un bloc opératoire concerne
tous les acteurs et tous les actes qui y sont pratiqués. L'aérobiocontamination
est responsable de surinfections.
La ventilation naturelle qui se rencontre le plus souvent dans les
structures hospitalières anciennes est peut-être aussi
efficace que la ventilation forcée, mais sa qualité
microbiologique reste le plus souvent insuffisante. Des cas de tétanos
postopératoires attribués à la poussière
apportée par le vent ont été décrit (52,
92).
La transmission aéroportée au bloc
opératoire est favorisée par (50, 52, 85) :
" Aérobiocontamination du personnel et des patients.
" Mauvaise qualité du textile opératoire.
" L'ouverture fréquente des portes de la salle d'opération.
" Les déplacements intempestifs (entrée et sortie
de l'équipe opératoire).
VI- RISQUE INFECTIEUX
PROFESSIONNEL AU
BLOC OPERATOIRE :
Au bloc opératoire le risque de contamination
professionnelle concerne les virus des hépatites (B et C en
particulier) et celui de l'immunodéficience humaine (VIH) lors
d'exposition accidentelle au sang des patients. Chez le personnel
de bloc opératoire, aucun cas d'infections à cytomégalovirus
et rétrovirus non VIH n'est rapporté dans la littérature
(4, 52).
La transmission d'autres particules virales semble possible par la
fumée produite lors de l'utilisation du laser . Ce mode de
transmission est une éventualité possible car des études
cliniques et de laboratoire ont montré la présence de
particules virales dans les fumées dégagées par
l'emploi du laser lors de l'exérèse de condylomes, de
papillomes laryngés, de verrus (52).
L'acquisition accidentelle d'une infection bactérienne
ou d'une tuberculose doit être présente à l'esprit,
mais reste exceptionnelle au bloc opératoire (52).
VII- TRANSFUSION SANGUINE
:
La transfusion peut être responsable d'infections
nosocomiales bactérienne, virale ou parasitaire (102).
Elle n'est envisagée par le médecin anesthésiste
que lorsque les bénéfices attendus pour la santé
du patient, sont supérieurs aux risques encourus (37).
Un risque résiduel de contamination par les virus HBV, HCV,
HIV et les bactéries reste possible.
Aucun cas de maladie de Creutzfeld Jacobs (MCJ) lié à
la transfusion sanguine n'a été constaté à
ce jour dans le monde.
Comme on ne peut, de principe, exclure les risques inconnus, toutes
les mesures possibles de prévention doivent être prises,
dans la sélection des donneurs de sang et dans la préparation
des produits (37).
I- CATEGORIES DE RECOMMANDATIONS :
Le CDC (Centers for Disease Control)
a classé en trois catégories les mesures de prévention
des infections nosocomiales en fonction de leur degré de recommandation
(15, 47, 49, 106) :
? Niveau I : "Sont fortement recommandées les mesures
ayant prouvé leur efficacité par la réduction
du risque d'acquisition d'une infection nosocomiale". Elles sont
validées par des études cliniques contrôlées,
dont les protocoles sont jugés satisfaisants ou par l'opinion
de la majorité des experts compétents dans le champ
considéré. Elles devraient être appliquées
dans toute structure hospitalière sans poser de problème
matériel.
? Niveau II : " Sont modérément recommandées
les mesures découlant d'études cliniques suggérant
fortement leur efficacité ou des études réalisées
dans des hôpitaux pouvant ne pas être représentatifs
". Ces mesures, facilement applicables comprennent aussi celles
qui, bien que non démontrées, se basent sur des fondements
théoriques.
? Niveau III : " Sont faiblement recommandées les mesures
proposées par certaines personnes reconnues pour leur notoriété
et/ou par certaines organisations, mais qui n'ont, à l'heure
actuelle, aucune preuve scientifique ni aucun support théorique
ferme ". Elles peuvent être conseillées au coup
par coup dans le cadre de problèmes liés à des
infections particulières ou dans celui de la recherche clinique,
afin de prouver leur efficacité.
II- PRECAUTIONS UNIVERSELLES :
Les précautions universelles sont résumées
dans le tableau III (14, 32, 42, 43, 50, 85).
Tableau III
|
1- Des gants doivent être utilisés
pour tout contact avec le sang et certains liquides biologiques
(liquide amniotique, péricardique, péritonéal,
pleural, cérébrospinal, synovial, ainsi que sperme
ou sécrétions vaginales), avec les muqueuses ou
la peau lésée. Les gants doivent être changés
entre deux patients.
2- Les mains et la peau doivent être lavées
immédiatement en cas de projection de sang.
3- La prévention des accidents par piqûre
ou coupure doit être organisée (collecteurs, interdiction
de recapuchonner les aiguilles).
4- Le port de masque et de lunettes est impératif
dans les situations où il existe un risque d'aérosol
et de gouttelettes à partir de liquides biologiques.
5- Des tabliers efficaces doivent être
portés en cas de risque de projections.
6- Le matériel de réanimation
doit permettre d'éviter le bouche-à-bouche.
7- Les professionnels de santé qui ont
des lésions cutanées, exsudations ou dermatoses,
doivent être écartés du contact direct avec
les patients.
8- Les linges et matériels souillés
par du sang ou des liquides biologiques doivent être emballés
avant leur sortie du service.
9- Des mesures d'isolement spécifiques
complémentaires doivent être prises lorsque le
patient le nécessite.
|
III- PRECAUTIONS STANDARDS :
Les précautions standards sont résumées
dans le tableau IV (14, 32, 42, 43, 50, 85).
Tableau IV
| 1- Les précautions standards doivent être
appliquées pour tous les patients. |
| 2- Porter des gants non stériles pour
tout contact avec le sang, les liquides biologiques, le matériel
contaminé, les muqueuses et la peau non intacte. Changer
les gants entre chaque patient, et éventuellement entre
deux tâches chez un même patient. |
| 3- Un lavage des mains simple, non antiseptique,
doit être effectué après ablation des gants. |
| 4- Porter un masque et des lunettes de protection
s'il existe un risque de projections. Porter une surblouse s'il
existe un risque de souillures. |
| 5- S'assurer que le matériel réutilisable
est correctement nettoyé avant usage chez un autre patient.
Manipuler avec précaution le linge et le matériel
souillés afin d'éviter une transmission de micro-organismes
entre patients. |
6- Prendre des précautions pour empêcher
les blessures avec les objets piquants ou tranchants:
- ne jamais recapuchonner les aiguilles.
- préférer l'utilisation de matériel de sécurité.
- utiliser des conteneurs adaptés pour l'évacuation
des objets piquants et tranchants. |
IV- RECOMMANDATIONS CONCERNANT LE
PATIENT :
(1, 24, 26, 32, 52)
- Traiter toute pathologie et surtout toute infection
avant une intervention de chirurgie réglée.
- Réduire autant que possible la durée d'hospitalisation
préopératoire.
- Faire prendre une douche avec un savon antiseptique la veille de
l'intervention.
- Ne pas raser. Si nécessaire, préférer la dépilation
ou la tonte à l'emploi du rasoir mécanique.
- Réaliser une préparation large du champs opératoire
(lavage avec un savon antiseptique, rinçage, séchage
et application d'un antiseptique de la même famille que le savon)
du centre vers la périphérie.
- Administrer une antibioprophylaxie chaque fois qu'une intervention
est associée à un haut risque infectieux ou comporte
un risque vital en cas d'infection même si le risque infectieux
est faible (chirurgie avec prothèse). Choisir un antibiotique
dont l'efficacité en prophylaxie est démontrée
par des études randomisées. Administrer l'antibiotique
juste avant le début de l'intervention et pour une durée
n'excédant pas le plus souvent la période peropératoire.
V- RECOMMANDATIONS CONCERNANT LES
ANESTHESIES LOCOREGIONALES : (6, 50, 52, 92)
- Sa pratique est contre-indiquée lors des
atteintes cutanées potentiellement infectieuses au niveau de
la zone de ponction ;
- Sa pratique reste incertaine lors des états septiques généralisés,
affirmés ou suspectés, avec risque de bactériémie
; l'appréciation du bénéfice / risque par rapport
à une anesthésie générale peut amener
à utiliser ces techniques. Cela s'applique à l'analgésie
péridurale en obstétrique. En présence d'une
infection chorioamniotique, une antibiothérapie peut précéder
le geste ; le cathéter sera enlevé le plus rapidement
possible et son extrémité sera mise en culture ;
- Préparation cutanée s'identifiant à celle utilisée
lors de la pose des cathéters veineux centraux.
- Mise en place d'un champ stérile isolant la zone de ponction
.
- Du matériel à usage unique doit être utilisé.
- Le port d'un calot, d'un masque et de gants stériles est
impératif ; l'aide porte également un calot et un masque
.
- L'utilisation d'une casaque stérile est nécessaire
pour la mise en place d'un cathéter .
- Couverture de l'orifice de sortie à la peau du cathéter
par un pansement stérile semi-perméable. L'orifice de
sortie du cathéter doit être surveillé chaque
jour et l'apparition de signes locaux ou généraux d'infection
impose son retrait ;
- Utilisation d'un filtre bactérien pour la pratique des réinjections
à travers le cathéter laissé en place. Celui-ci,
mis en place dans des conditions d'environnement stérile lors
de l'installation du cathéter, ne doit pas être changé
de principe, son changement exposant à un risque de contamination.
Dans l'éventualité d'un changement, l'opérateur
utilise les mêmes règles d'asepsie que pour la pose.
VI- RECOMMANDATIONS CONCERNANT L'EQUIPE
ANESTHESIQUE ET CHIRURGICALE :
(24, 32, 52, 78, 97)
o Toute personne entrant en salle d'intervention doit
avoir une tenue adaptée pendant toute la durée de l'acte
opératoire : masque correctement mis, coiffe ou charlotte couvrant
les cheveux.
o Lutter contre le manuportage et la transmission croisée par
une hygiène rigoureuse des mains (lavage des mains, antisepsie
par friction, usage réfléchi des gants) qui est l'élément
le plus important de la prévention des infections nosocomiales
au bloc opératoire.
o Toute personne ayant à toucher le champs
opératoire, les instruments stériles ou la plaie opératoire
doit effectuer un lavage chirurgical des mains avant chaque intervention.
Le séchage des mains est réalisé avec un essuie-mains
stérile.
o Le lavage chirurgical des mains est la procédure
à appliquer pour tous les actes invasifs assimilés aux
actes chirurgicaux : abord rachidien, cathétérisme central,
cathétérisme artériel.
o En cas de drainage, utiliser un système clos.
o Respecter les recommandations spécifiques
à la prévention de chaque type d'infection nosocomiale
et principalement les infections respiratoires, urinaires et celles
liées aux dispositifs intravasculaires.
o Appliquer les précautions universelles et
les précautions standards pour tous les patients.
VII- RECOMMANDATIONS CONCERNANT LES
AGENTS ANESTHESIQUES ET LES SERINGUES :
? Vérification des dates de validité
de chaque agent anesthésique, ainsi que de l'ensemble des médicaments
susceptibles d'être utilisés par l'anesthésiste
(29).
? Aspiration des produits anesthésiques de
façon aseptique, en utilisant des aiguilles et seringues stériles,
après avoir désinfecté de façon appropriée
le bouchon du flacon ou le col de l'ampoule (11).
? Désinfection appropriée des robinets
à 3 voies lors de toute manipulation (14, 50).
? Le matériel utilisé (seringues, tubulures,
robinets à 3 voies, ampoules et flacons) est à usage
unique et destiné à un seul patient (84).
? Le plateau des agents anesthésiques est uniquement
utilisable pour les soins d'un seul patient. Il contient l'ensemble
des seringues et aiguilles préparées pour l'anesthésie
en cours et doit être conservé dans un endroit propre
et protégé de toute projection pour éviter une
possible contamination (86).
? L'utilisation de flacons multidoses (les flacons
de 500 mg de Diprivan* étant réservés à
l'entretien de l'anesthésie d'un seul patient) n'est pas recommandé
(96, 103).
? En cas d'utilisation d'un agent anesthésique
mis en solution dans un solvant lipidique, en plus du respect scrupuleux
des règles énoncées ci-dessus,
il est souhaitable (29, 101, 105, 107).
o de diminuer autant que possible le nombre de manipulation ainsi
que l'intervalle de temps entre la préparation et l'injection
de la solution lipidique ;
o d'utiliser des seringues préremplies ;
o de ne pas déconditionner le flacon ;
o d'utiliser, pour l'entretien de l'anesthésie, une pompe de
perfusion permettant l'administration d'un débit fiable.
VIII- RECOMMANDATIONS CONCERNANT LE
BLOC OPERATOIRE : (1, 14, 50, 52, 73)
o Le renouvellement de l'air de la salle d'intervention
doit être de 15 à 20 volumes/heure (salle conventionnelle).
La salle d'intervention doit être en surpression par rapport
aux autres secteurs du bloc opératoire.
o Les portes sont tenues fermées et le nombre de personnes
est réduit au strict minimum dès le début de
l'intervention.
o La salle d'opération doit être nettoyée entre
2 interventions.
o Les instruments chirurgicaux utilisés doivent être
stériles
o Ne pas réutiliser du matériel stérile à
usage unique.
IX- RECOMMANDATIONS CONCERNANT LA
SSPI :
(52, 85, 92)
? Adapter les règles de fonctionnement et
de circulation à son implantation (dans ou en dehors du bloc
opératoire) de manière à éviter les mouvements
de personnel entre la SSPI, le bloc opératoire et les services
d'hospitalisation
? Pour permettre un lavage des mains entre 2 soins,
la SSPI doit être équipée de points d'eau en nombre
suffisant situés à proximité des malades, mais
à distance de la zone de préparation des soins pour
éviter la contamination.
? L'entretien du matériel et des locaux se
fait selon les mêmes méthodes qu'en salle d'opération.
Toutefois le nettoyage du matériel et l'élimination
des déchets ne doivent pas s'effectuer dans la SSPI. Si le
nettoyage du matériel ne peut être pris en charge par
la structure du bloc opératoire, la SSPI doit disposer d'un
local spécifique adapté à cet usage.
X- RECOMMANDATIONS CONCERNANT LES ACCIDENTS
EXPOSANT AU SANG : (32, 41, 50, 92)
? Tout personnel travaillant au bloc opératoire
(internes et externes compris) doit être vacciné contre
l'hépatite B et connaître son statut de protection vis-à-vis
de ce virus.
? Les précautions universelles (tableau III)
concernant la prévention des accidents exposant au sang doivent
être appliquées dans les pratiques d'anesthésie
(port de gants pour tout contact avec du sang, utilisation adaptée
des conteneurs, non recapuchonnage des aiguilles, etc
).
? L'utilisation de matériel de sécurité
est à développer en fonction de l'épidémiologie
du risque pour chaque activité. Ce matériel de sécurité
doit être de technologie avancée (à activation
passive).
? Des formations spécifiques doivent être
faites sur les lieux de travail concernant la prévention des
AES ainsi que lors de la mise à disposition de nouveaux matériels
de sécurité.
? En cas d'accidents exposant au sang VIH, la conduite
à tenir doit être connue de chaque personnel et affichée
sur les lieux de travail, afin qu'une prophylaxie, si elle est nécessaire,
puisse être appliquée rapidement.
XI- PRISE EN CHARGE ANESTHESIQUE
DES PATIENTS SEPTIQUES OU CONTAMINANTS :
A- PLACE DANS LE PROGRAMME :
Deux raisonnements s'opposent et à ce jour,
ce point n'est pas résolu. Pour certains, une programmation
en début de journée est souhaitable. L'équipe
est au maximum de sa vigilance et de ses capacités techniques
et l'orientation du patient en période postopératoire
est plus facile à organiser vers la SSPI (85).
L'autre attitude consiste à recommander une programmation de
l'intervention en fin de journée opératoire (45). Le
risque de contamination des patients ultérieurs est faible,
puisque la désinfection des locaux et le nettoyage complet
peuvent être effectués dans de bonnes conditions (31,
45).
Quelque soit la programmation retenue, les informations concernant
la prise en charge de ces patients doivent être transmises à
tous les acteurs du bloc opératoire et de la SSPI (85).
B- PROCEDURES DE NETTOYAGE DU BLOC
OPERATOIRE :
Entre chaque patient, le nettoyage standard du bloc
opératoire doit suivre une procédure bien établie.
Une élimination des déchets (linges, déchets,
matériel) est réalisée, suivie par le nettoyage
du scialytique, de la table patient, de la table pont, de la table
d'instrumentation, de la table de la panseuse, du catgutier, des appareils
(radio, bistouri) en cas de souillures, des lavabos, du passe malade
et des aspirateurs.
Le nettoyage du sol est effectué autour de la table dans un
diamètre de 1,5 m et au niveau des souillures visibles avec
un désinfectant conforme aux normes AFNOR.
En cas d'intervention septique ou réalisée chez un patient
septique, un entretien approfondi identique à la procédure
de fin de programme est réalisé. Le nettoyage de l'environnement
comporte un entretien identique à celui réalisé
entre chaque patient complété par le nettoyage et la
décontamination des pieds de table, des murs techniques, des
abattants, des niches, des lavabos aseptiques complété
par une décontamination du ou des siphons des poignets de porte.
Le nettoyage de toute la surface du sol est effectué. Cette
procédure nécessite l'application de désinfectant
liquide puis sous forme de spray en respectant le temps de contact
des agents (15 minutes).
La salle ne doit pas être réoccupée avant 15 minutes
après la période de désinfection. Au total, cette
procédure d'entretien approfondi prend environ une heure ce
qui explique que dans la majorité des cas, les patients septiques
sont programmés en fin de journée opératoire
de manière à optimiser l'utilisation du bloc opératoire.
C- SALLE D'OPERATION SEPTIQUE
OU ASEPTIQUE :
Dans le domaine de la lutte contre les infections
nosocomiales de nombreux dogmes ont encore cours et de nombreux rituels
sont pratiqués souvent par ignorance (85).
Breack (20) dans un ouvrage consacré à l'analyse critique
de structures et de procédure hospitalière n'hésite
pas à écrire que "l'évolution des techniques
permet d'envisager la suppression des secteurs et de réaliser
n'importe quelle intervention dans n'importe quelle salle, en toute
sécurité" (50, 85).
Cette pratique est courante dans certains pays comme les USA, la grande
Bretagne ou la suisse. Pour des raisons d'organisation de personnel,
on peut comprendre que les chirurgiens préfèrent une
sectorisation du bloc opératoire et dans ce cas organiser le
bloc en zone séparées permettant de grouper la chirurgie
de classe I et des prothèses (ortho, vasc, oph).
Une autre zone étant consacrée à la chirurgie
urologique gynécologique, digestive avec par ailleurs les spécialités.
Pour Break (20), la salle dite septique n'a pas de raison d'être.
La distinction doit s'opérer au sein du secteur aseptique car
bien des interventions de chirurgie septique sont réalisés
en bloc aseptique en raison de leur durée, du meilleur équipement
des salles, de la présence renforcée du personnel d'anesthésie
ou de chirurgie. De plus, bien des interventions de chirurgie aseptique
deviennent septiques en cours de route.
D- SALLE DE SURVEILLANCE POST-
INTERVENTIONNELLE :
Le regroupement de patients en un lieu unique ouvert,
la présence éventuelle de patients contaminateurs ou
à risque d'être contaminé, les mouvements de personnels
entre le bloc et la SSPI, la multiplicité des contacts font
de la SSPI une zone potentiellement à risque pour la transmission
d'agents infectieux. A l'opposé, la durée de séjour
théoriquement brève limite le risque théorique
d'acquisition d'une infection nosocomiale est d'autant plus faible.
Ce risque a été peu évalué pour l'instant
(85).
Il n'y a pas de justification à prévoir des SSPI séparées
pour les patients septiques. Ces derniers seront regroupés
et localisés à distance des patients ayant subi une
chirurgie propre (85). Idéalement, le personnel prenant en
charge les patients septiques doit être spécifique de
manière à éviter toute contamination croisée.
Ce risque bien qu'apparemment faible n'est probablement pas nul.
E- A QUELS PATIENTS S'ADRESSENT
CES MESURES
DE PRECAUTION :
1- Infections à germes banaux : (28, 85)
L'existence chez un patient d'une infection cutanée,
urinaire ou pulmonaire augmente le risque d'infection du site opératoire.
Il est recommandé de retarder l'intervention et traiter préalablement
l'infection sauf si cette dernière est le motif de l'intervention.
Les patients opérés sont considérés comme
septiques.
2- Patients tuberculeux : (14,
32, 85, 91, 104)
Les cas d'acquisitions nosocomiale et professionnelle
de tuberculose, ont été rapportés récemment
dans le monde. Le risque de transmission au personnel soignant sur
son lieu de travail est réel et largement documenté.
La transmission de cette maladie éminemment contagieuse est
essentiellement aérienne par l'inhalation des microgoutellettes
de Flügge contenant les bacilles.
Ce risque infectieux documenté modifie la prise en charge péri-opératoire
et anesthésique des patients suspects de tuberculose bacillifère
et justifie les recommandations suivantes.
o Mise en route précoce du traitement antibacillaire.
o Isolement respiratoire strict des patients suspects ou atteints
de tuberculose bacillifère durant l'ensemble de la prise en
charge périopératoire.
o Prendre des dispositions pour assurer le réveil de ces patients
en évitant si possible le passage en SSPI.
o Intercaler un filtre bactérien sur le circuit respiratoire
entre le patient et la pièce en Y et changer le matériel
de ventilation, y compris les circuits du ventilateur, après
l'anesthésie de ces patients
3- Patients porteurs de BMR
: (50, 61, 66, 85, 91)
Les bactéries multirésistantes (BMR)
aux antibiotiques sont fréquentes à travers le monde.
Les staphylocoques résistants à la méticilline
(SAMR), les entérobactéries productrices de bétalactamases
à spectre étendu (EBLSE) et Acinétobacter baumannii
(Ab) sont fréquemment isolés des infections nosocomiales.
Ces trois bactéries partagent les mêmes réservoirs
humains et le même mode de transmission, par manuportage par
le personnel soignant.
Le contrôle de la transmission croisée des BMR repose
sur des mesures simples, en s'appuyant sur trois principes : identification
précoce des porteurs non infectés par un dépistage,
signalisation du portage et mesures d'isolement géographique
et technique.
Le passage au bloc opératoire est une situation à risque
de transmission croisée, en raison de la circulation de ces
patients, et des nombreux contacts avec le personnel soignant. Il
importe donc que le personnel du bloc opératoire soit informé
du portage avant le geste, pour organiser le planning opératoire
et l'accueil en salle de réveil. L'utilisation d'une étiquette
unique pour toutes les BMR, apposée sur le dossier du porteur,
permet de transmettre l'information.
Les précautions de contact comprennent, en complément
de l'isolement standard, l'hospitalisation en chambre seule, le port
de gants, le lavage antiseptique des mains après contact, le
port d'une surblouse ou d'un tablier en cas de contact avec le porteur,
l'utilisation de matériel à usage unique, ou individualisé
pour le patient.
Ces précautions de contact et les mesures d'isolement technique
des porteurs de BMR doivent être poursuivies pendant la période
peropératoire.
4- Infections virales : (49, 85)
Le risque de transmission est réel chez un
patient porteur d'une infection évolutive à HVB, et
probablement moindre chez des sujets porteurs d'une infection à
HVC et à VIH.
Les précautions standards à adopter sont identiques
à celles mises en oeuvre pour les patients porteurs de bactéries
multirésistantes lorsque le statut sérologique est connu
(Tableau IV).
5- Agents infectieux non conventionnels
(prions) :
(14, 49, 50, 85)
Les prions ou agents de la maladie de Creutzfeld-Jacob
(MCJ), ont été responsables de contaminations iatrogènes,
le plus souvent lors d'interventions de neurochirurgie ou d'injection
d'hormones de croissance extractives.
Le nombre de cas documentés est faible, inférieur à
100 cas dans le monde.
Les prions ont une grande résistance aux agents désinfectants
conventionnels et à la chaleur. Ils ont une localisation préférentielle
dans les tissus cérébraux (cerveau, moelle épinière
: haute infectiosité) et les tissus lymphatiques (infectiosité
moyenne).
Le risque de transmission par l'anesthésie est exclusivement
faible (infectiosité faible ou nulle). L'anesthésiste
participe au dépistage des patients à risque élevé,
qui conduira à des procédures spécifiques de
désinfection des endoscopes et d'inactivation physique et/ou
chimique des prions à 134°C pendant au moins 18 minutes.
Des recommandations vis à vis des patients à risque
élevé et des actes à risque élevé
ont été définies :
o Les actions à risque démontré
concernent la neurochirurgie et l'ophtalmologie, parfois l'ORL et
l'orthopédie (abord de la dure-mère)
o Les patients particulièrement à risque
sont ceux ayant subit une intervention neurochirurgicale, traités
par hormone de croissance extractive et les membres directs de la
famille (père, mère, fratrie) d'un sujet décédé
de MCJ.
6- Patient VIH positif ou atteint
du SIDA :
(9, 25, 63, 70, 87)
Le patient séro-positif, quelque soit le stade
évolutif de sa maladie, modifie la prise en charge anesthésique
sur deux points : il est porteur du virus VIH et de ce fait contagieux,
il bénéficie éventuellement de
traitements antiviraux spécifiques qu'il faut adapter à
la période péri-opératoire. Pour le patient asymptomatique,
l'évaluation pré-anesthésique reste simple, à
l'inverse le patient sidéen qui présente des atteintes
en rapport avec sa maladie virale dont les infections opportunistes
et à ce stade l'évaluation pré-anesthésique
est fondamentale.
La mise en place et le respect des précautions universelles
(tableau III) proposées par le CDC restent la base des règles
d'hygiène. Elles recoupent de plus les procédures préconisées
pour limiter les infections nosocomiales. Il s'agit en résumé
:
o La manipulation des voies veineuses et des robinets se fait les
mains gantées et avec des compresses stériles.
o Les aiguilles et seringues sont obligatoirement changées
entre chaque patient.
o Les patients atteints de tuberculose ou de pneumopathie à
mycobactéries atypiques, il faut, s'il n'est pas possible de
retarder la date de la chirurgie jusqu'au contrôle de la phase
de contagion, les opérer en fin de programme, les isoler en
SSPI, et bien que les filtres utilisés aient prouvé
leur efficacité, changer les filtres sur les circuits du ventilateur
et stériliser ce dernier.
o Ne pas interrompre les antiviraux, même de courte durée
(moins de 3 jours).
o Utiliser soit du sang hétérologue
VIH négatif, soit du sérum salé si un blood-patch
est nécessaire sur un patient séro-positif.
o Le choix d'un bloc périphérique ou d'une anesthésie
rachidienne ne peut résulter que de la confrontation risque-bénéfice.
7- Patients contaminants "non
septiques" : (85)
Le problème des patients contaminants mais
non dépistés ne peut pas passer inaperçu. Près
de 90% des patients infectés par le virus de l'hépatite
C ne sont pas dépistés.
Le principe de désinfection du matériel et des locaux
passe par un nettoyage correct avant décontamination. Il ne
paraît ni possible ni raisonnable de mettre en place des procédures
lourdes de décontamination des blocs opératoires chez
tous les patients.
Les précautions universelles et les précautions standards
(Tableaux III et IV) appliquées chez tous les patients permettent
théoriquement de minimiser les risques de transmission. On
peut considérer qu'une application rigoureuse de ces recommandations
limite de manière importante le risque de dissémination
des agents infectieux.
XII- RECOMMANDATIONS CONCERNANT LE
MATERIEL D'ANESTHESIE : (5, 14, 50, 82, 92)
? Lors de l'achat d'un nouveau matériel, intégrer
au cahier de charges les critères d'entretien et, pour le matériel
critique ou semi-critique, privilégier le matériel autoclavable
ou à usage unique
? Réaliser le recueil, le transport et le traitement du matériel
de façon à protéger l'environnement et le personnel.
? Connaître les procédures, respecter leurs indications
(tableau V).
? Considérer la désinfection (procédure P2) comme
une indication de seconde intention pour le matériel semi-critique
ou critique qui ne peut être stérilisé pour des
raisons de tolérance ou de disponibilité.
? Choisir des produits de désinfection ou de décontamination
conformes aux normes d'efficacité en vigueur et respecter les
consignes d'emploi (concentration, durée).
? Préférer le nettoyage mécanisé au nettoyage
manuel du matériel.
? Proscrire la désinfection par le formol ou ses dérivés
(pastilles ou aldylène).
? Ne jamais recycler du matériel à usage unique.
? Parmi les procédés de stérilisation, privilégier
l'autoclave à vapeur et restreindre au maximum les indications
de l'autoclave à oxyde d'éthylène.
Tableau V : Entretien du matériel recyclable
: indications, procédures, résultats (50)
"ON NE DESINFECTE OU STERILISE
BIEN QUE
CE QUI EST PROPRE"
| |
|
|
|
|
| INDICATIONS |
Non critique |
Critique non stérilisable |
Critique semi-critique stérilisable |
|
| PROCEDURE |
Procédure 1 |
Procédure 2 |
Procédure 3 |
|
| Etape 1 |
Décontamination |
Décontamination |
Décontamination |
|
| Etape 2
|
Nettoyage, rinçage, séchage
manuels ou automatisés |
Nettoyage, rinçage, séchage
manuel ou automatisés |
Nettoyage, rinçage, séchage
manuel ou automatisés |
|
| Etape 3 |
|
Désinfection par immersion
|
Stérilisation |
|
| RESULTAT |
Matériel propre |
Matériel désinfecté |
Matériel stérile
|
|
XIII- RECOMMANDATIONS POUR L'ENTRETIEN
ET
LA DESINFECTION DU MATERIEL NECESSAIRE
AU CONTROLE DES VOIES AERIENNES ET A
LA VENTILATION MECANIQUE : (32, 50, 91, 92)
o Le matériel nécessaire au contrôle
des voies aériennes et à la ventilation mécanique,
est soit de catégorie non critique, soit de catégorie
semi-critique. Leur procédures d'entretien et de désinfection
sont résumées dans le tableau V.
o Il est recommandé d'utiliser du matériel
à usage unique : canule de Guedel ou Mayo, sonde d'intubation,
tube nasopharyngé et masque laryngé lorsqu'il sera à
usage unique.
o Le matériel de catégorie non-critique
(plateau d'intubation, manche du laryngoscope, stéthoscope)
doit être décontaminé et nettoyé entre
chaque patient.
o Le matériel de catégorie semi-critique
(masque facial, ballon souple, valve directionnelle, mandrin, ballon
rigide, circuit externe et interne du respirateur et de l'appareil
d'anesthésie) doit être décontaminé, nettoyé
et désinfecté (ou stérilisé quand c'est
possible) entre chaque patient.
o Placement du filtre bactérien et viral au
niveau de la pièce en Y et le changer entre chaque patient.
o Changement hebdomadaire des circuits des respirateurs et machine
d'anesthésie, à condition d'utiliser un filtre bactérien
et viral pour chaque patient. Changement sans délai de tout
circuit macroscopiquement souillé.
o La sonde d'aspiration trachéobronchique
stérile doit être utilisée pour un seul patient
et à une seule aspiration.
o Les endoscopes souples (fibroscopie), utilisés
essentiellement lors d'une intubation difficile, font partie du matériel
de catégorie semi-critique. L'entretien et la désinfection
de ce type de matériel doivent être réalisés
après chaque fibroscopie.
XIV- PROTOCOLE DE POSE POUR SONDAGE
URINAIRE A DEMEURE : (18, 32, 91, 92)
o Toilette du méat urétral avec un
savon antiseptique et rinçage.
o Lavage antiseptique des mains et pose de gants
stériles.
o Installation des champs stériles.
o Antisepsie du méat.
o Vérifier le ballonnet de la sonde et l'adapter
au système collecteur.
o Mettre le lubrifiant stérile sur la sonde.
o Gonfler le ballonnet avec de l'eau stérile
(5 à 10 cm3).
o Fixer éventuellement la sonde sur la cuisse
du malade.
Toutes ces procédures doivent être effectuées
dans des conditions d'asepsie rigoureuse. La sonde ne doit jamais
être désolidarisée du système clos. La
sonde et le système clos sont enlevés ensemble sur prescription
médicale. La vidange se fait aseptiquement par le robinet de
la poche.
XV- PROTOCOLE DE POSE D'UN CATHETER
COURT PERIPHERIQUE : (67, 92, 98)
o Lavage antiseptique des mains ;
o Choix du meilleur site de ponction (commencer par
l'extrémité distale du membre afin de sauvegarder le
réseau d'aval). Les voies veineuses ou artérielles posées
en urgence doivent être changées dès que possible.
o Rasage si la pilosité est importante (le
moins souvent possible).
o Lavage au niveau du site de perfusion avec un savon
antiseptique (le même que celui utilisé pour le lavage
des mains), inutile si le malade lors de sa préparation à
l'intervention a eu une douche chirurgicale.
o Mise en place du garrot et position déclive
du bras (penser à utiliser un garrot décontaminé).
o Antisepsie de la peau au niveau du site de ponction
; choisir le même antiseptique que le savon (temps de contact
1 minute pour polyvinyl pyrrolidone iodée).
o Introduction du cathéter, fixation et adaptation
de la tubulure de perfusion.
o Elimination des sérosités pouvant
exister au niveau du point de ponction avec une compresse sèche.
o Nouvelle antisepsie au niveau du point de ponction.
o Pansement occlusif et transparent (nouvelle génération
de pansement semi- perméable et antibactérien). Ce pansement
reste en place pendant toute la durée de la voie veineuse,
sauf s'il est souillé ou non hermétique. Il est important
de ne pas utiliser le cathéter pour obtenir les prélèvements.
I- MODALITES DE SURVEILLANCE : (49, 74, 83)
Quatre objectifs sont fondamentaux :
1) Définir des taux de base des infections nosocomiales;
2) Identifier en temps réel des taux supérieurs à
des taux endémiques ;
3) Identifier des facteurs de risque spécifiques ;
4) Informer les personnels des risques encourus par les procédures
nécessaires. Pour aider aux activités de surveillance
et assurer leur pertinence, le CDC a proposé des stratégies
de surveillance et de contrôle des procédures qui sont
actuellement ; largement validées. Elles comportent :
A- SURVEILLANCE PROSPECTIVE :
Le recueil de l'information appartient en priorité
au personnel infirmier dans la perspective d'une "auto-évaluation"
de la qualité d'une pratique de soins. Les paramètres
indispensables sont la température et les signes fonctionnels.
En cas de suspicion d'une INLA, un examen clinique pratiqué
par le médecin anesthésiste confirmera le diagnostic
et l'imputabilité à l'anesthésie. Un éventuel
examen microbiologique complète le dossier. L'ensemble des
données est colligé au niveau du département
d'anesthésie. l'exploitation peut se pratiquer à son
niveau. Les conclusions sont transmises au CLIN qui, en partenariat,
déclenche les actions nécessaires. L'INLA doit également
apparaître dans le dossier d'anesthésie et le patient
doit en être informé.
B- ANALYSE DES TAUX D'INFECTION :
Une analyse des taux d'infection nosocomiale peut
être continue ou discontinue en fonction de la surveillance.
Le choix est fonction des taux de base recueillis et donc du risque.
Deux types d'analyses peuvent être proposés :
" Les études de prévalence : se
définissent comme la fréquence d'un quelconque événement
(l'infection) dans une population à risque (l'anesthésie)
à un moment donné (enquête un jour donné).
Elles sont faciles à réaliser et peu coûteuses.
Les résultats sont immédiatement disponibles pour l'équipe
et les actions correctrices faciles à instaurer. Cependant,
elles nécessitent de grands échantillons et elles ont
l'inconvénient de fournir des taux variables en fonction des
périodes étudiées (49).
" Les études d'incidence : se définissent comme
l'apparition de tous les nouveaux cas d'infection par rapport au nombre
total de patients sur une période donnée (1 mois, 1
an etc.). La méthode est sensibilisée par deux corrections
:
1) Un dénominateur qui correspond au nombre total de patients
exposés au risque (l'anesthésie) ;
2) Un résultat qui est exprimé par la durée totale
d'exposition au risque (par exemple 100 heures d'anesthésie
).
Ces méthodes sont plus fines mais plus coûteuses. Elles
ont l'avantage de permettre les comparaison d'une période à
une autre (44). En effet, devant les taux faibles actuels, il ne semble
pas prioritaire de proposer aux équipes d'anesthésie
une surveillance continue, locale ou en réseau, mais plutôt
des études prospectives discontinues ou des études thématiques
multidisciplinaires (infections liées aux cathéters,
pneumopathies) ou des essais de prévention (53).
II- PROCEDURE DE CONTROLE DES
RECOMMANDATIONS D'HYGIENE :
La survenue d'une épidémie doit déclencher
des mesures hiérarchisées en fonction des moyens et
des choix stratégiques de l'établissement.
Une fois les populations identifiées (patients et groupes professionnels),
les actions et les stratégies de contrôles doivent être
mises en place incluant la conduite à tenir devant une épidémie.
La hiérarchisation des procédures de contrôle,
l'évaluation des profils écologiques bactériens
et leur éventuelle modification.
Les actions de formation sont indispensables mais leur impact est
variable (49, 90). Les actions peu ciblées, multiservices,
sont coûteuses et peu efficaces.
Quoi qu'il en soit, la faible compliance des personnels et la modification
de comportement inutiles voire dangereux sont des points essentiels
de la lutte contre l'infection nosocomiale qui imposent des actions
progressives (11, 57) :
1) Sensibilisation par une formation (locale, médicale et paramédicale)
;
2) Sensibilisation par un expert (extérieur)
;
3) Sensibilisation par une légitimité
(administration) ;
4) Sensibilisation par un consensus reconnu (conférence
de consensus) ;
5) Sanction en cas de mauvaise pratique ;
6) "Retour sur investissement" en cas de
bonnes pratiques
o La conduite à tenir devant une épidémie
est d'autant plus facile et efficace qu'elle a été envisagée
dans le cadre d'une attitude raisonnée et d'une surveillance
prospective des INLA et des recommandations. L'épidémie
est évidemment immédiatement dépistée
lors de la survenue d'événements exceptionnels (lots
contaminés par exemple). Dans d'autres cas, c'est l'augmentation
du taux de base des INLA ou assimilées qui attirera l'attention
(augmentation des conjonctivites par exemple).
o La hiérarchisation des procédures
de contrôle se fera en concertation avec le CLIN et le service
de microbiologie. En aucun cas, il est démontré qu'une
attitude systématique et régulière de contrôle
microbiologique des sites extérieurs est, à elle seule,
efficace bien que particulièrement coûteuse. Ainsi, les
prélèvements de surface, circuits de respirateurs, solutions
désinfectantes n'ont d'intérêt qu'après
la vérification de la bonne pratique des précautions
universelles d'hygiène. Cependant, ils peuvent avoir une valeur
pédagogique et peuvent, dans le cas d'une procédure
standarisée (prélèvement à jour fixe,
à lieu fixe, résultats communiqués à l'équipe
ect.), avoir un rôle de détection de microorganismes
d'alerte (Staphylococcus aureus, entérobactéries multirésistantes,
Acinetobacter sp., Aspergillus, levure
). L'augmentation de l'incidence
de la tuberculose peut également inciter à promouvoir
ces prélèvement. Leur fréquence doit cependant
rester du domaine du raisonnable sans que l'on ne dispose d'argument
pour orienter ce choix (49).
L'évaluation du risque professionnel lié à l'exposition
du sang et à des sécrétions diverses est fondamentale
compte tenu de l'augmentation du risque encouru. Les procédures
doivent être largement développées par les services
de médecine du travail, y compris pour le personnel médical
(49).
CONCLUSION
L'infection nosocomiale liée à l'anesthésie est
souvent négligée, le patient développant les
signes infectieux bien après avoir quitté la salle de
surveillance post-interventionnelle. Un certain nombre de pratiques
et de comportements sont à risque de favoriser la survenue
d'une infection nosocomiale directement liée à la pratique
de l'anesthésie. La manipulation des agents anesthésiques,
des seringues, tubulures, raccords et robinets à 3 voies, sans
respecter les règles d'asepsie et a fortiori, l'utilisation
d'un matériel contaminé sont impérativement à
éviter.
La prévention du risque infectieux au bloc opératoire
doit inclure les étapes suivantes :
* La formation du personnel médical et paramédical à
l'hygiène hospitalière.
* La mise en place de manière concertée de mesures préventives
basées sur des critères validés et selon des
procédures écrites.
* L'organisation optimale du travail en fonction de la charge de travail
et des ressources disponibles en personnel et en matériel de
chaque bloc opératoire.
* L'évaluation régulière de l'efficacité
de l'application des mesures préventives par une surveillance
des taux d'infections et un audit des pratiques professionnelles.
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