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LE NOMA

LE NOMA ou cancrum oris est une maladie d’origine infectieuse se développant à partir de la muqueuse buccale, entraînant une destruction médio ou latéro-faciale, ou la mort de l’enfant. Le noma se caractérise souvent, au stade cicatriciel, par un blocage de la mâchoire en position fermée accompagnant la destruction de la joue.
Les séquelles provoquées par le noma peuvent prendre les formes suivantes: les pertes de substance de la joue, du nez, des paupières, des lèvres et des os du maxillaire supérieur et inférieur.

Les facteurs prédisposants – malnutrition, mauvais état bucco-dentaire, infection (rougeole ou autres maladies infectieuses) – laissent à penser que la carte mondiale de l’épidémiologie, encore à élaborer, devrait recouvrir toutes les zones où sévissent la malnutrition et l’extrême pauvreté (Afrique, Amérique latine, Asie). Le noma n’est cependant pas exceptionnel chez un enfant en bon état général. Le plus grand nombre d’enfants frappés ont de deux à six ans.

On distingue les deux phases d’évolution suivantes:

Phase initiale:
la maladie s’installe en un à deux jours. Tuméfaction dans une région située autour de la joue. Stomatite (infection buccale). Etat général variable, fièvre inconstante, parfois diarrhées.

Phase gangreneuse:
foudroyante, en quelques jours. Des zones de gangrène se développent à partir de la cavité buccale qui peuvent toucher les lèvres, les joues et même l’os mandibulaire ou l’os maxillaire. Suivant l’étendue de la lésion initiale, la nécrose va progresser et, dans certains cas, détruire une partie de l’orbite, les maxillaires ou le malaire (os déterminant le relief de la joue). Par exemple, l’enfant peut, au bout du compte, se retrouver sans mâchoire. Suite à la phase aiguë de stomatite gangreneuse, il se produit une escarre (tissu mortifié) qui, parfois, s’éliminera spontanément avec le temps.

C’est au stade de la phase gangreneuse que la mortalité est considérable. Les enfants meurent surtout de septicémie. Ceux qui survivent endurent des séquelles fonctionnelles impressionnantes dues aux pertes de substance et à la cicatrisation.

La cicatrisation s’effectue principalement par contractions des parties molles et même des os qui sont très malléables chez l’enfant. Elle aboutit à des mutilations faciales de localisation et d’étendue variables correspondant aux sites d’infection et à la perte de substance originelle. Elle peut également entraîner le blocage partiel ou total des mâchoires. Cette constriction extra-articulaire découle, dans certains cas, d’une ossification aberrante qui soude l’os malaire à la mandibule.


Le traitement en phase aiguë, comporte des soins locaux et une antibiothérapie. A ce stade, on peut enrayer la maladie en une à deux semaines. Un traitement de réalimentation et de réhydratation doit être concomitant à l’antibiothérapie. Détectés à temps, et traités activement durant la phase initiale, il est fort probable que beaucoup d’enfants atteints de noma pourraient être soignés et guéris, sans devoir subir le désastre des séquelles.

A l’Hôpital cantonal de Genève, selon ses informations, une trentaine d’enfants ont été traités par le docteur Denys Montandon pour des séquelles de noma.

La réhabilitation chirurgicale entreprise chez ces enfants, certainement porteurs des pires séquelles de noma que l’on puisse rencontrer, n’aurait jamais pu être réalisée hors d’un environnement médical de toute première catégorie comprenant pour les tout-petits une réanimation pédiatrique et, pour la plupart, des anesthésistes formés à l’intubation par fibroscopie. En effet, il faut à tout prix éviter des trachéotomies qui rendent les enfants entièrement dépendants de soins hospitaliers.

L’expérience des chirurgiens ne doit pas être limitée à la sphère bucco-maxillaire mais doit pouvoir faire appel à toutes les techniques modernes de chirurgie plastique et reconstructive: chirurgie crânio-faciale, microchirurgie, lambeaux musculo-cutanés. Etc.



Tels sont les enfants du noma




LA TÊTE dévorée, sanglante, bouleversée, hors d’elle-même, mâchoires soudées, l’œil entamé souvent, en brousse ou au village, non recherchés — donc non trouvés — sans moyens puisqu’ils n’ont rien, et sans droits puisque leurs parents, pauvres, ignorent que les pauvres ont des droits, tels sont, ainsi décrits à peine, les enfants atteints de noma.

Ce que l’on sait, c’est que discerné à temps, chez ces enfants très jeunes encore, le noma guérirait dans sa première semaine. Mais personne ne sachant rien, et les ministres de la santé n’informant ni leurs dispositifs médico-sociaux (des hôpitaux majeurs aux dispensaires ou agents de santé les plus humbles), ni les populations, ce mal est foudroyant. Sans pourtant foudroyer ses victimes, enfants au visage éclaté de souffrance. A nous d’en porter la honte. Qui ne faisons rien, ou si peu.

Sur place, dans le pays des enfants, actuellement presque rien n’est possible qui soit digne d’eux. Alors, c’est ici que l’on fait. Mais c’est très cher. Avec le "choix" habituel: la mort, l’horreur, ou la vie enfantine un peu ressuscitée, telle que la veulent ces enfants joueurs qui ne veulent pas mourir, mais vivre.

Comme au temps du napalm, les bonnes âmes:
— Ils seraient mieux morts.
Ils sont vivants, rient avec ce qui reste, et jouent.


Mâchoires serrées à mort


L’HORREUR: les souffrances de ces petits
puis – souvent – leurs séquelles au stade cicatriciel du noma, la contracture permanente des mâchoires. Blocage total, les mâchoires généralement soudées.
Imaginez leurs repas quotidiens faits d’une nourriture diluée proche de l’état liquide, patiemment glissée à travers le moindre espace.
Impossible de mâcher. Même boire est un problème.
Au plus petit millimètre d’ouverture, répond la tendre patience infinie de leur mère.

Imaginez leur isolement. Ce qui n’empêche pas de pleurer comme les autres.

Imaginez la moindre infection à l’intérieur d’une bouche close: invisible aux parents et aux médecins presque toujours. L’enfer pour les plus malheureux, qui meurent ainsi sans dire un mot.


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