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ACTUALITE / SIDA / Les orphelins du SIDA Les orphelins du sida oubliés du Kenya jeudi 26 décembre 2002 Selon l'ONU, près de 20 % de la main-d'oeuvre agricole est morte, depuis quinze ans, après avoir contracté le VIH. Nairobi de notre correspondant
Sketch. Les slogans hurlés des haut-parleurs des voitures de campagne n'intéressent pas vraiment Kadogo et ses amis. Les promesses électorales ne s'adressent pas à eux. Dans la campagne pour la présidentielle et les législatives du 27 décembre, dominée par les affrontements personnels, le drame du sida au Kenya, avec plus de 500 morts quotidiens, est passé quasiment inaperçu. Jusqu'à ces derniers jours. Les Redyculass (qui, phonétiquement, signifie «ridicules» en anglais, ndlr), un groupe de comédiens extrêmement populaires, ont créé un sketch satirique diffusé sur les nombreuses stations FM de Nairobi. Sous forme de fausse publicité, les comiques dénoncent l'inertie des autorités face à la catastrophe du sida. Extrait : «Et maintenant une annonce d'un sérieux ridicule, lance la voix d'un acteur, comme s'il devait interrompre une fête. Un million d'enfants kenyans dorment dans la rue. Leurs parents sont morts du sida, les abandonnant sans toit, ni nourriture, ni éducation, ni même amour...» La Kanu, le parti au pouvoir depuis l'indépendance, a relégué le chapitre sida pratiquement en fin de son programme électoral. Il s'y engage à «poursuivre tous les programmes de contrôle du sida pour ralentir et finalement contenir la pandémie au Kenya». Lors de sa conférence de presse sur les questions de santé, le populaire candidat de l'opposition, Mwai Kibaki, un pied dans le plâtre, n'a fait qu'effleurer la question. La presse du lendemain s'intéressait davantage à sa propre rééducation après son grave accident de voiture, qu'à son programme de santé pour le pays. Le sketch des Redyculass entre dans le cadre d'une vaste campagne tentant de replacer le dossier du sida sur l'agenda électoral. En mettant, en particulier, l'accent sur le problème grandissant des orphelins. D'après l'Unicef, le Fonds des Nations unies pour l'enfance, le nombre de garçons et filles orphelins comme Kadogo pourrait atteindre plus de 2,2 millions d'ici dix ans. L'organisation a lancé une campagne habile en s'offrant des doubles pages dans la presse locale, pour forcer la main des politiciens. «Nous avons invité tous les candidats aux élections législatives à signer un formulaire que nous avons fait publier dans les journaux, et sur des tracts diffusés un peu partout, pour qu'ils s'engagent à venir en aide aux enfants orphelins du sida», explique Denise Shepherd-Johnson, porte-parole de l'Unicef. Le texte de la pétition est le suivant : «Nous, soussignés, ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider à résoudre la crise des enfants orphelins du sida au Kenya. Nous ferons usage de notre vote au Parlement pour faire de cette question une priorité du programme de développement national du prochain gouvernement kenyan.» Sur l'autre page, la photo de trois jeunes enfants. Ils n'ont pas plus de cinq ans. Des yeux inquiets regardant droit l'objectif. La légende, sous forme de questions, trace leur avenir incertain. «Juma, 19 ans, mécanicien ou voleur de voiture ? Agnès, 20 ans, assistante sociale ou prostituée ? Japeth, 20 ans, comptable ou trafiquant de drogue ?» Une façon de dénoncer les politiciens qui ne signent pas ? «Nous espérons que notre campagne est vue de façon plus positive que cela, répond Denise Shepherd-Johnson. Nous publions tous les jours les noms des candidats qui ont signé. Et il y en a déjà pas mal. Au fur et à mesure que de nouveaux noms sont apparus, on a reçu davantage d'appels de candidats demandant à être ajoutés à la liste.» A la veille de Noël, 307 des 1 035 candidats aux législatives avaient signé. Uhuru Kenyatta, le candidat de la Kanu, est le 99e. Kibaki a réagi plus tard. Sa signature apparaît en 298e position. Pandémie. Les enjeux sont énormes. Au cours des quinze dernières années, l'ONU estime que près de 20 % de la main-d'oeuvre agricole du pays est morte après avoir été frappée par le virus VIH. L'espérance de vie a chuté de 55 ans en 1996 à 49 ans en l'an 2000. Et les tabous sont difficiles à lever. Dans les régions les plus affectées comme l'Ouest, même les médecins sont réticents à évoquer la pandémie. Les femmes infectées n'osent pas prévenir leurs partenaires, de crainte d'être battues ou abandonnées. Les centres de conseil et de tests de séropositivité existent en trop petit nombre et la discrimination décourage de nombreuses personnes de révéler leur statut VIH. D'après l'Unicef, c'est la première fois dans le monde qu'une telle campagne, impliquant des politiciens, est tentée. Après le vote, ceux qui auront été élus seront recontactés, pour leur rappeler leur engagement de faire de la lutte contre le sida une priorité au Kenya. Source : Liberation
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