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ACTUALITE / SIDA /Libérer enfin du SIDA des millions de patients privés de traitement

lundi 21 juillet 2003: source : Destination santé

Genève, mi-juillet. Des émules du dernier vainqueur de la Coupe de l’America, nouveau héros national suisse, s’entraînent sur les bords du Léman. La vieille cité de Calvin fait le dos rond sous les ardeurs du soleil. Sur les hauteurs environnantes, au siège du Conseil Oecuménique des Eglises qui l’abritait avec son équipe de transition jusqu’à aujourd'hui, 21 juillet, jour de sa prise de fonction, le Dr Jong Wook Lee, Directeur général élu de l’OMS, nous accueille. Râblé, mince mais pas sec, ce quinquagénaire qui a commencé sa vie professionnelle aux Iles Fidji comme « médecin des lépreux » a le visage mobile. Les rides d’expression sont… expressives, précisément, l’approche est directe et franche, le verbe fluide et, quand le sujet l’intéresse, presque intarissable… Le sujet, c’est le défi qu’il entend relever à la tête de l’agence spécialisée de l’ONU pour la santé durant les 5 ans de son mandat.

S’il est aujourd’hui un but qui vaille à ses yeux, c’est de pouvoir se dire dans 5 ans qu’il est « l’un de ceux qui auront permis à des millions et des millions de personnes privées de soins, dans le monde, de recevoir un traitement pleinement efficace contre le VIH-SIDA. C’est cela le vrai challenge. Alors que le SIDA est aujourd’hui perçu comme un problème ancien en comparaison du SRAS, alors que des solutions existent, elles restent inaccessibles à plus de 29 millions de patients en Afrique et en Asie. »

Pour Jong Wook Lee, « nous devons changer d’échelle et faire bénéficier ces malades des progrès réalisés. Or au lieu de cela, depuis que le SIDA a perdu son statut initial pour devenir une maladie chronique presque comme les autres, les pays riches ont tendance à le reléguer au second rang. » Une prise de position éminemment politique qu’il a eu tout le temps de mûrir. N’oublions pas qu’il était ces dernières années, le patron de la lutte antituberculeuse à l’OMS. Or avec la tuberculose justement mais aussi le paludisme, l’infection à VIH-SIDA représente ces maladies de la pauvreté contre lesquelles l’OMS est finalement parvenue à mobiliser les énergies.

La réunion à Paris du 16 juillet, des partenaires du Fonds mondial contre le VIH-SIDA, le paludisme et la tuberculose en témoigne. Le nouveau responsable de l’OMS a décidé d’y participer avant même sa prise de fonction. C’est un signe fort. « L’engagement des politiques en faveur de la santé est la condition du succès, » nous confie-t-il. Nous avons obtenu d’un grand nombre de pays qu’ils participent à la mise en œuvre de ce fonds. Certains se sont engagés à lui verser des sommes considérables et nous devons accompagner, soutenir cet engagement international dont je ne vois pas comment les pays concernés pourraient s’affranchir. »

Tuberculose, polio, politiques alimentaires, tout est affaire de volonté politique !

Le ton est donné. Les politiques qui auraient pu être tentés de simplement jouer les effets d’annonce dans le domaine de l’humanitaire pour ensuite se défiler sur la pointe des pieds savent que le bon Dr Lee les attend au pied du mur…

« Nous devons maintenant accompagner les leaders politiques et professionnels de santé qui se sont mobilisés de la sorte. Car il est difficilement concevable que ces engagements restent sans lendemain. L’éradication de la poliomyélite est en bonne voie », souligne-t-il. « En 5 ans nous l’avons fait disparaître des Amériques, d’Europe et du Pacifique occidental. Elle n’est plus présente que dans quelques pays : au Nigeria et en Egypte, en Inde, au Pakistan et au Bangladesh. » Pas toujours des pays pauvres donc. « L’Inde n’a pas besoin d’aide extérieure. Seulement d’une vraie volonté politique. » Et le monde entier a besoin de paix pour atteindre ses objectifs de santé.

Or la paix n’est pas que l’absence de guerre. Certes, les hostilités qui se poursuivent en Afghanistan, en Afrique et en Asie sont un obstacle aux campagnes de vaccination. Mais rappelle le Dr Lee, « même lorsque nous serons parvenus à éliminer le dernier cas de polio nous ne pourrons pas cesser immédiatement les vaccinations. Nous devrons continuer à protéger les populations. Et d’ailleurs, alors même que la variole n’existe plus sur terre, nous vivons aujourd’hui dans la crainte de voir le virus réapparaître entre les mains de terroristes… » En Russie où la Banque mondiale vient d’investir 150 millions de dollars pour lutter contre la tuberculose, le succès final dépendra là aussi de la volonté du pouvoir politique.

Or la tuberculose tue encore chaque année 2 millions de personnes et nous enregistrons plus de 8 millions de nouveaux cas. Le message est clair. Pour Jong Wook Lee, « les professionnels doivent rester sur leurs gardes. Devant tout malade aux symptômes suspects, ils doivent s’attacher d’emblée à éliminer le diagnostic de tuberculose et non l’envisager en dernier recours. Ils doivent se former sans relâche. N’oublions pas que cette maladie est considérée comme un véritable fardeau dans 22 pays, dont plusieurs ont des frontières avec l’Europe… »

L’OMS ? Indispensable à la France, aux USA comme aux pays en développement

Plus que jamais donc, le nouveau patron de l’OMS affirme la vocation universelle de l’Organisation. « Ceux qui nous connaissent mal estiment que nous avons trop de personnel pour ce que nous réalisons vraiment. En fait c’est oublier à quel point nos fonctions normatives, celles qui consistent à déterminer les bonnes pratiques en santé, sont essentielles. Nous devons être sans cesse sur nos gardes. La récente épidémie de SRAS en est un exemple certes. Nous devons bien entendu veiller aussi à la progression de la fièvre jaune, de la fièvre du Nil occidental ou du choléra. Mais nous ne devons pas pour autant oublier une autre épidémie très préoccupante, celle de l’obésité. Ainsi sommes-nous indispensables tout autant à la France, à l’Espagne, aux Etats-Unis qu’aux pays en développement… »

Son travail dans les années à venir, Jong Wook Lee le voit d’abord concentré sur la recherche du dialogue. Dialogue avec les gouvernements, pour rendre l’OMS « plus réactive et surtout, plus rapidement réactive encore ». Dialogue aussi avec les professionnels et les industriels. Et pas seulement ceux du médicament ou de la santé. « Les industries agroalimentaires sont concernées par les évolutions à venir, par les normes qui vont se mettre en place pour réguler les apports en graisses, en sucres, en sel… » C’est vrai aussi des industries technologiques, si l’on considère les débats qui concernent les champs magnétiques ou l’amiante, par exemple. Téléphones portables, équipements informatiques, isolants thermiques deviennent autant d’interrogations pour les responsables de la santé…

Classée au premier rang mondial pour son système sanitaire voici deux ans, la France bénéficie d’un statut privilégié… qui lui confère quelques responsabilités. Contrairement à une idée reçue elle n’a pas « inventé » la sécurité sociale, puisque ses pères fondateurs se sont inspirés du Chancelier Bismarck ! Mais elle lui a pour le moins donné ses lettres de noblesse et sa légitimité. A l’aube d’une réforme qui s’annonce laborieuse sinon douloureuse, Jong Wook Lee porte un regard attentif sur le débat qui se prépare. Avec un vrai sens de la formule, il souligne que « la France est un pays dont le peuple a des vues fortes, parfois difficilement compatibles avec une démarche de consensus. Le processus risque d’être difficile mais ses protagonistes doivent faire effort de patience. Ils vont montrer le chemin aux autres pays car ne nous voilons pas la face : tous ont le même problème. Gouverner, c’est prendre des décisions. Pas à pas, et jamais de manière solitaire. Les super-héros n’existent pas. Les peuples donnent leur opinion, les comités discutent, les parlements votent et à la fin, les gouvernants doivent décider. »

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