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ACTUALITE / PALUDISME


La route vers l'éradication du paludisme encore longue

- Le décryptage des génomes du parasite responsable du paludisme et du moustique responsable de sa transmission constitue une importante percée scientifique mais la route vers l'éradication totale de ce fléau mortel risque encore d'être longue, ont averti des experts.

Un consortium international de chercheurs a annoncé mercredi à Londres et à Washington avoir déchiffré et séquencé les codes génétiques du Psalmodium falciparum, un protozoaire parasite du sang, et du moustique femelle qui le transmet, l'anophèle (Anopheles gambiae).

Obtenue au terme de six ans d'effort, cette percée scientifique ouvre des perspectives prometteuses pour la mise au point de vaccins et de moyens de lutte contre ce parasite responsable de la mort chaque année de 1,5 à 2,7 millions de personnes dans le monde, dont un enfant toutes les 20 secondes.

Tout en affichant leur enthousiasme et leur espoir de pouvoir traduire cette mine d'informations en de nouveaux traitements, vaccins ou insecticides, les chercheurs ont néanmoins tenu à ne pas susciter trop de faux espoirs à court terme.

"D'un côté, il s'agit d'un extraordinaire accomplissement. De l'autre, nous n'en sommes qu'au tout début de l'entrée dans une nouvelle ère de recherches dans ce domaine", a ainsi prévenu le directeur de l'Institut national contre les allergies et les maladies infectieuses (NIAID), Anthony Fauci.

A moins d'un miracle, "aucun vaccin n'est en vue pour au moins encore cinq ou dix ans", a estimé de son côté le chercheur Stephen Hoffman de la société privée Sanaria.

Or le besoin est pressant car la malaria progresse dans le monde. "Le parasite devient résistant aux médicaments. Le moustique devient résistant aux insecticides. Pour la prévention, ce que l'on a de mieux, ce sont des moustiquaires imprégnées d'insecticides autour des lits", s'inquiète le chercheur.

Selon lui, la raison de ce piétinement est simple: "Nous avons travaillé dans un état d'ignorance complète du parasite".

Avec les cartes du génome du Plasmodium et de l'anophèle, les chercheurs vont désormais pouvoir plonger à l'intérieur des mécanismes moléculaires qui commandent le cycle de vie extrêmement complexe du parasite et ses interactions avec le moustique qui l'héberge et le transmet.

En dépit de son apparente simplicité, le protozoaire Plasmodium est d'une remarquable complexité sur le plan génétique. "Nous avons trouvé 60% de protéines codées par les gènes, dont nous ne connaissons pas la fonction et qui n'ont pas d'équivalent dans aucun autre organisme", explique ainsi Malcom Gardner de l'Institut de recherche génomique (TIGR).

En identifiant, par exemple, les protéines présentes à la surface du parasite et qui lui permettent d'envahir et détruire les globules rouges de l'homme, les chercheurs espèrent pouvoir mettre au point des traitements et des vaccins mieux ciblés.

Une autre piste de recherche va consister à étudier les mécanismes de résistance des moustiques aux insecticides, notamment en identifiant les gènes de "désintoxication" qui leur permettent d'accroître leur résistance.

"Le principal avantage du génome, dans un avenir immédiat, sera de nous aider à comprendre la base moléculaire de la résistance aux insecticides et à trouver des insecticides efficaces contre de nouvelles cibles", a ainsi souligné Robert Holt, chercheur à la société Celera Genomics.

Une autre stratégie va consister à empêcher le moustique de trouver du sang humain, dont il a besoin pour produire ses oeufs. Les chercheurs subodorent déjà que les capacités olfactives qui permettent aux moustiques de "renifler" et repérer les êtres humains résident dans leurs gènes.

"Si nous pouvons identifier les récepteurs utilisés par les moustiques pour sentir les humains, nous pourrions concevoir de nouveaux répulsifs susceptibles de réduire l'incidence de la malaria", souligne ainsi Laurence Zwiebel, biologiste à l'Université de Vanderbilt.

Tous ces moyens de contrôle de l'endémie prendront du temps à mettre au point. "Ce ne sera pas facile, ni bon marché", prévient Stephen Hoffman.

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